HISTOIRE: Laurent POKOU (Côte d'Ivoire)




Laurent N’Dri Pokou dit « Pokou » est né le 10 août 1947 à Abidjan en Côte d’Ivoire, pays où il effectue ses premiers pas dans le club de l’ASEC d’Abidjan, puis dans celui de l’USFRAN de Bouaké, à tout juste quinze ans. Son père est fonctionnaire, mais sa famille descend directement de la célèbre reine des Baoulés, Abla Pokou.

De par cette ascendance et de par ses exploits balle au pied, Laurent sera surnommé "l’empereur baoulé" dans son pays, puis deviendra, quelques années plus tard, un authentique prince du football breton. À cette époque, le jeune ivoirien se distingue déjà de belle manière sur le rectangle vert, si bien qu’il conduit son club jusqu’en demi-finale de la Coupe de Côte d’Ivoire. Ses performances sont telles qu’il est une nouvelle fois abordé par le grand club du pays, l’ASEC d’Abidjan.
Pokou n’hésite pas une seule seconde et signe un contrat chez les « Jaune et Noir » en 1965. Sous les couleurs abidjanaises, il brille de mille feux sur tous les terrains du continent africain. Pokou en profite également pour se constituer un très beau palmarès, en remportant trois titres de champion ainsi que six coupes nationales.

Incroyable technicien au toucher de balle inégalable, il possède aussi un sens créatif au-dessus de la norme, qui lui permet d’entreprendre diverses facéties qui régalent le public. Également très athlétique, Pokou se révèle définitivement aux yeux du monde alors qu’il évolue avec la sélection nationale ivoirienne. Entre 1968 et 1970, il devient le roi des buteurs de la Coupe d’Afrique des nations, permettant à son équipe de terminer deux fois sur le podium (à chaque fois à la troisième place) de la compétition. Laurent Pokou inscrit quatorze buts en l’espace de deux éditions, et établit un record qui tiendra durant trente-huit années. La légende est en marche.
Au début des années 1970 et grâce à des débuts fracassants au plus haut niveau, Laurent Pokou est déjà devenu une icône dans son pays. L’Ivoirien attise désormais l’intérêt des recruteurs européens, qui s’intéressent de plus en plus à cette perle rare, notamment ceux de Nantes et Marseille. Faisant fi des convoitises, Laurent Pokou n’a pourtant pas l’intention de quitter sa Côte d’Ivoire natale. Et puis, au mois de février 1971, Pokou se brise le genou gauche à la suite d’un choc sévère avec le portier adverse, lors du derby d’Abidjan entre l’ASEC et l’Africa. Son opération a finalement lieu à Lyon, et ce grave accident amène l’attaquant ivoirien à changer d’avis quant à la possibilité d’une future carrière à l’étranger.

En effet, pendant son inactivité longue d’une année, Pokou découvre le football hexagonal et prend alors conscience qu’il passe peut-être à côté de quelque chose de grand sur les terrains européens. Pendant sa convalescence, Salif Keita, premier vainqueur du Ballon d’or africain en 1970, et qui évolue alors à l’AS Saint-Étienne, lui rend régulièrement visite et prêche également en ce sens.
Pokou rapidement revenu à son meilleur niveau, Rachid Mekloufi le sélectionne dans l’équipe d’Afrique, pour une "mini-Coupe du monde" disputée au printemps 1972 au Brésil. Pokou y fait un tabac et retrouve le chemin des filets avec une aisance déconcertante. Dans la foulée, il retourne à Abidjan mais a dorénavant la tête ailleurs. Entre temps, le « Roi Pelé » en personne lui a conseillé de tenter sa chance à l’étranger, et lui adresse même un courrier où il écrit : « J’ai trouvé mon successeur. Il s’appelle Laurent Pokou. Il n’a qu’un défaut, il n’est pas Brésilien ».

Pokou doute, ne sait plus. Une carrière de footballeur professionnel est tellement courte, et l’Ivoirien a déjà 25 ans passés. Les offres affluent toujours et encore : Nantes (où il est pressenti pour remplacer Hugo Curioni), Marseille, le PSG, Reims et Metz, et autant de clubs qui fantasment à l’idée de faire signer la star africaine. Mais contre toute attente, c’est à Rennes que Laurent Pokou dépose ses valises ! Il devient ainsi le premier joueur professionnel ivoirien à évoluer en dehors de son pays natal.

« UN PEU, POKOU, À LA FOLIE »

Fin décembre 1973, Laurent Pokou donne en effet son feu au vert au Stade rennais, alors représenté par le président Bernard Lemoux, et également par le biais de François Pinault, membre du conseil d’administration du club. L’homme d’affaires breton se révèle être le principal artisan de l’improbable venue de la pépite africaine. C’est même son avion personnel qui le fait venir à Rennes, en cette historique journée du 29 décembre 1973.

À l’époque, le Stade rennais est au plus mal, mais l’arrivée de Laurent Pokou donne un fol espoir à toute la Bretagne du football. Il fait ses débuts avec la tunique « Rouge et Noir » face à Troyes, le 6 janvier 1974, et marque d’emblée son premier but, au cours d’une importante victoire de Rennes sur le score étriqué de 2 buts à 1. Quinze jours plus tard, il débute pour la première fois au stade de la route de Lorient face à Lyon, et se distingue une seconde fois en étant l’unique buteur de la rencontre.

Ses deux premières apparitions sous le maillot stadiste sont un énorme succès. Pokou s’est rapidement fondu dans le collectif rennais, et devient illico presto la nouvelle coqueluche du public breton. Quelques semaines plus tard, il marque son premier doublé dans l’élite face à l’Olympique de Marseille, au soir de la vingt-sixième journée de championnat. Auteur de sept buts en treize apparitions de D1 pour sa première demi-saison rennaise, il apporte une dimension supplémentaire au jeu offensif du Stade rennais et propose de nombreuses solutions sur le front de l’attaque. Pokou contribue grandement au maintien de son nouveau club en première division, et s’impose de suite comme l’un des meilleurs joueurs étrangers évoluant dans l’hexagone.

Dans sa belle foulée, le SRFC termine finalement à la treizième place et assure l’essentiel. À Rennes, Laurent Pokou est décidément le messie tant attendu, d’autant plus que l’emblématique Raymond Kéruzoré va bientôt revenir, bien peu inspiré lors d’une courte expérience marseillaise. La belle histoire bat son plein. Pokou épate, il est la pièce-maîtresse du système stadiste. L’arbitre Michel Vautrot va même jusqu’à comparer l’Ivoirien aux plus grands footballeurs de l’histoire, à l’issue d’un Rennes - Saint-Étienne disputé en mars 1974 : « J’ai dirigé les plus grands : Pelé, Platini, Cruyff, mais je n’ai rien vu de tel que Laurent Pokou ».

Mais en février 1975, les adducteurs de Pokou cèdent, et le club breton retourne immédiatement dans une spirale négative. Son attaquant vedette manquant plusieurs matchs, la sentence semble inéluctable. Après avoir évité les affres d’une relégation la saison précédente, et malgré les quatorze buts d’un Pokou à l’invraisemblable ingéniosité, c’est le retour en deuxième division pour le club phare de Bretagne.

Dix-neuvième du classement général, le SRFC achève une belle série de dix-sept années consécutives en première division. Malgré tout, sur le plan individuel, Laurent Pokou est devenu une vedette. Son triplé lors de la seizième journée face à Strasbourg (victoire 5-1 de Rennes) n’est pas non plus passé inaperçu. Pokou a déjà marqué l’histoire du SRFC de son empreinte. On le considère dorénavant comme le plus grand joueur africain ayant évolué dans l’hexagone, juste derrière Salif Keita.
Malgré la descente du club stadiste en seconde division, et les injonctions de la presse ivoirienne qui le somment de changer de club, Pokou décide de rester en Bretagne. Le public rennais s’est entiché de ce joueur capable de toutes les prouesses, de tous les dribbles. Il s’est parfaitement acclimaté à la Bretagne et a même prénommé son premier fils Erwan en 1975. Plus tard, il appellera également l’une de ses filles Gaëlle, en guise de clin d’œil à la Bretagne, sa seconde « patrie » comme il l’indique à qui veut bien l’entendre. Buteur prolifique, l’Ivoirien réussit un incroyable début de saison 1975-1976, et accomplit l’exploit de marquer à dix-sept reprises en l’espace de onze matches. Il se distingue ainsi en inscrivant un quadruplé lors d’une large victoire face au FC Rouen (5-0), puis grâce à un triplé réalisé face à l’équipe d’Amiens (6-1).

Pokou est en grande forme, mais tout bascule le 8 novembre 1975 contre Châteauroux. En cours de rencontre, Pokou se blesse sévèrement au genou dans un choc avec le gardien castelroussin Raymond Olejnik. Indisponible pendant plus d’un an (dix-sept mois exactement), Pokou vit un long calvaire. Pendant ce temps, le Stade rennais écrase le championnat grâce à l’efficacité d’une recrue polonaise nommée Jerzy Wilim, et retrouve la D1, affichant au passage une différence de buts de +50.

LA LÉGENDE POKOU

Laurent Pokou fait son retour tant attendu lors de la 22e journée de championnat face aux Girondins de Bordeaux, mais ne joue que durant vingt-trois minutes seulement. Il retrouvera les terrains six matches plus tard, dans une forme plus en adéquation avec les exigences du haut niveau.

L’Ivoirien dispute finalement onze rencontres au cours de l’exercice 1976-1977, marque six fois, mais ne peut éviter une nouvelle relégation du Stade rennais, qui se battait pour le maintien depuis le début de saison. Rennes termine à la dernière place de D1, et retrouve encore la seconde division. Sollicité par l’AS Nancy-Lorraine lors du mercato estival, le plus grand footballeur ivoirien de tous les temps rejoint alors le club lorrain à l’été 1977. En grande difficulté financière, le Stade rennais n’a plus les moyens d’assurer son salaire, et Pokou arrive de toute façon en fin de contrat.

On attend beaucoup de son association avec Olivier Rouyer et Michel Platini, mais son passage en Lorraine est plutôt décevant. On apprend un peu plus tard que c’est Michel Platini qui a fait des pieds et des mains pour obtenir sa venue à Nancy. Dans l’Est de la France, Laurent Pokou n’est jamais dans le coup et souffre selon son club d’une "maladie tropicale".

Au printemps 1978, à l’heure où Nancy gagne la Coupe de France sans lui, on annonce une nouvelle fois la résurrection de Laurent Pokou. Il débute donc la saison sous les couleurs nancéiennes, mais décide finalement de s’en aller, voulant de nouveau être bien dans sa peau. Lassé par son périple lorrain, Pokou décide en septembre 1978 de retourner à ses premiers amours avec le Stade rennais, le « club de sa vie » selon ses propres termes. Optimiste, il espère beaucoup de ce « come back » et l’explique d’ailleurs dans les colonnes de Ouest France à l’époque : « J’ai signé pour 3 saisons au SRFC. C’est donc là que je finirai ma carrière. Ensuite, je retournerai dans mon pays pour m’occuper de mes affaires. Je veux revenir au sommet avec Rennes. Après je pourrai raccrocher la tête haute ».
Malheureusement, le retour de Pokou est de courte durée. Le 24 décembre 1978, à l’occasion d’un match de Coupe de France disputé à Saint-Pol-de-Léon dans le Finistère, il est expulsé pour avoir bousculé et insulté Monsieur Lopez, l’arbitre de la rencontre. À la suite de cet incident, il est suspendu pour une durée de deux ans par la commission de discipline de la Fédération française de football. La sanction est tombée tel un couperet, le SRFC est sonné.

Finalement, grâce à l’action du président du SRFC Alfred Houget, sa peine est réduite à six mois ferme, plus dix-huit mois avec sursis. De son côté, Laurent Pokou démentira toujours avoir frappé l’arbitre lors de cette rencontre de triste mémoire. Le jugement parait plutôt sévère et relativement rare. Quelques années plus tôt, le brésilien Jairzinho (qui évoluait à Marseille lors de la saison 1974-1975) avait écopé d’un an de suspension, pour avoir dispensé un coup de tête à un juge de touche.
Alfred Houget, qui avait fait appel par principe, déclare pourtant à propos de son joueur qu’il « était inexcusable et que ce châtiment était parfaitement normal ». Cette longue suspension met finalement un terme à la fabuleuse carrière de Laurent Pokou en France. Âgé de 31 ans, la malchance l’a poursuivi tout au long de sa carrière. Il décide de quitter le Stade rennais et l’hexagone à la suite de cet épisode douloureux.
Lors de cette même saison 1978-1979, il n’aura finalement joué que douze matches et marqué six fois, dont un triplé face à Blois (8-0). Rennes termine huitième, et voit le plus grand joueur de son histoire retrouver sa Côte d’Ivoire natale. En l’espace de cinq saisons à Rennes, Laurent N’Dri Pokou aura inscrit la bagatelle de 50 buts en 75 matches de championnat disputés. Un mythe s’en va. Les supporters des « Rouge et Noir » ne l’oublieront jamais.
Laurent Pokou, lors de sa signature à Rennes
Pokou retourne alors dans son ancien club de l’ASEC Abidjan en juin 1978, et prend ensuite sa retraite sportive à l’issue de la Coupe d’Afrique des nations en mars 1980. Dès son retour en Côte d’Ivoire, il se lance également dans le secteur du textile et est embauché au sein d’une entreprise située à Abidjan, qui confectionne et commercialise des mèches de cheveux. Il s’y occupe notamment des relations publiques.
Parallèlement, il devient l’entraîneur de l’ASEC Abidjan à la fin de l’année 1980, avant de rejoindre le club de Rio-Sports d’Anyama, qu’il conduit de la troisième division ivoirienne jusqu’à la première, alors qu’il est entraîneur-joueur (saison 1982-1983). Laurent Pokou est élu membre de la Fédération ivoirienne de football (FIF) en 2004, où il est chargé de la détection des jeunes joueurs. Il œuvre aussi pour la promotion du projet Galaxie Jeunesse, qui a pour objectif de développer un programme d’activités sportives, éducatives et culturelles à travers la Côte d’Ivoire, avec des ramifications sur le continent africain. En mars 2006, il est nommé ambassadeur de la FIFA, dans le cadre d’une campagne de charité officielle baptisée : « Six villages SOS pour 2006 », qui vise à financer six nouveaux villages à travers le monde, pour permettre à des enfants en grande difficulté de trouver un nouveau foyer.
En définitive, Laurent Pokou, celui qui marquait « Pokou » de buts, comme diront, avec humour, certains supporters stadistes, reste l’une des « vedettes » du football africain. À l’heure actuelle, beaucoup de joueurs africains évoluent dans le championnat de France, mais il y a maintenant une vingtaine d’années, leur nombre n’était encore que limité.
Il y avait bien eu la période des Nord-Africains (Larbi Ben Barek, Rachid Mekhloufi ou bien Khennane Mahi) à l’époque où les colonies françaises étaient encore nombreuses, mais il aura finalement fallu attendre les années 1970 pour voir enfin l’arrivée de nombreux joueurs, principalement d’Afrique noire, apporter leurs indéniables qualités du côté de l’hexagone. Laurent Pokou, aura été l’un des précurseurs de cette tendance à Rennes, un pionnier avant l’arrivée d’autres "perles africaines" telles que François Omam-Biyik, Shabani Nonda, John Utaka, François M’Pelé ou Asamoah Gyan.

Il  est décédé dimanche 13 novembre à l’âge de 69 ans, à la Polyclinique internationale de Cocody, en Côte d'Ivoire, des suites d'une longue maladie.



SA CARRIÈRE DE JOUEUR

1965-1973 : ASEC Abidjan (Côte d’Ivoire)
1973-1977 : Stade Rennais FC (68 matchs, 46 buts)
1977-1978 : AS Nancy-Lorraine
1978-1979 : Stade Rennais FC (14 matchs, 6 buts)
1979-1980 : ASEC Abidjan (Côte d’Ivoire)



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