HISTOIRE: CASSAM UTEEM (Ile Maurice)
Le fauteuil de président à
Maurice ? Encore aujourd’hui, Cassam Uteem se demande s’il n’est pas
"damné". Plus de douze ans après l’avoir quitté avec fracas, il
remarque que, depuis l’indépendance, aucun de ses occupants n’est allé jusqu’au
terme de son mandat. "Nous avons tous démissionné !" note-t-il sans
colère aucune, et même avec une pointe d’amusement.
Lui, c’était en
février 2002. Élu en 1992 (au suffrage indirect, par les parlementaires,
comme le veut la Constitution), Uteem a claqué la porte après dix années de
service pour protester contre la promulgation d’une loi antiterroriste qu’il
trouvait liberticide. C’était à la suite des attentats du 11 Septembre, et
le gouvernement était, selon lui, prêt à brader une partie de sa souveraineté
au nom de la lutte contre "les forces du Mal".
Mais ce qui l’a exaspéré
par-dessus tout, c’est de ne pas avoir été entendu. "Le président n’a pas
beaucoup de pouvoirs. Il est une sorte de recours. Mais il a tout de même son
mot à dire sur les lois qui sont votées. Pas cette fois-ci…" se
souvient-il.
L’homme est ainsi. Tout en
onctuosité, tout en rondeur, mais pas du genre à transiger sur ses valeurs. En
1969, alors jeune militant, il avait quitté son parti après avoir pris position
contre ses dirigeants, auprès desquels on lui demandait de s’excuser.
Depuis son dernier coup d’éclat,
début 2002, cette figure de la communauté musulmane du pays, qui lutta pour
l’indépendance dans les années 1960 et fut l’un des leaders du Mouvement
militant mauricien (MMM) de Paul Bérenger au début des années 1970, puis
successivement député, ministre et maire de Port Louis, n’a pas eu le temps de
s’ennuyer.
Il a joué les médiateurs au nom
de la Global Leadership Foundation, qui rassemble d’anciens présidents. Il a
intégré le fameux Club de Madrid, organisation visant à promouvoir la
démocratie qui compte parmi ses membres 95 ex-chefs d’État et de
gouvernement. Il a rejoint le comité international d’ATD Quart Monde,
ONG qui lutte contre l’extrême pauvreté.
Et, depuis la disparition de l’un
de ses fils, foudroyé par une crise cardiaque il y a sept ans, il s’occupe de
la fondation Oomar Uteem Charitable Trust, qui oeuvre pour l’éducation à la
santé. Il continue aussi de se battre en faveur des droits de l’homme, du droit
des Chagossiens à retrouver leur terre, et pour ce que l’on appelle sur l’île
la "mauricianité", autrement dit le sentiment d’appartenir à une même
nation.
Ignoré du Premier ministre
Sur le plan politique, en
revanche, c’est morne plaine. À 73 ans, Cassam Uteem n’a plus
d’ambitions électorales. Et si on le consulte sur l’évolution du pays, ce n’est
que de manière occasionnelle et officieuse. "Le Premier ministre
m’ignore", regrette-t-il. Uteem a bien tenté, à plusieurs reprises, de
mettre Navin Rangoolam en relation avec des chefs d’État étrangers, mais
"il ne souhaite pas que je joue un rôle", confie-t-il.
Descendant de laboureurs venus
d’Inde, l’ancien président ne manque pourtant pas d’idées sur le
communautarisme – "un danger" – ou sur la réforme
électorale. Et il jouit toujours d’une belle réputation. "C’est un sage,
estime Lindley Couronne, un militant des droits de l’homme. Tout le monde se
souvient que, lors des émeutes ethniques de 1999, il a su calmer les
choses."
Peut-être pourra-t-il se consoler
avec l’ascension de son fils. Le système politique mauricien est ainsi fait que
l’on retrouve toujours les mêmes noms au fil des générations. Ramgoolam,
Jugnauth, Duval… Chez les Uteem, c’est Reza, 43 ans, député et cadre du
MMM, qui assure la relève. Un journaliste du quotidien mauricien L’Express qui
l’interviewait en 2011 disait de lui qu’"on lui donnerait le bon Dieu sans
confession". Un héritage de son père, très certainement.

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