LÉGENDE: LE PHARAON ET LA BARQUE SOLAIRE 3




 Mais j’en étais moins certaine avant votre venue. J’essaierai d’empêcher ce désastre. Et pourtant, je suis persuadée que cela dépend des forces célestes uniquement. Immobile, saisie d’une profonde douleur, Sowan soupira et pleura encore. Le voyant se leva, inclina la tête, dit merci et s’en alla. Sowan, décidée à garder son enfant, n’était pas indifférente aux menaces des mauvais génies. Elle était surtout heureuse de vivre le bonheur d’engendrer Amon incarné. Quand on lui parlait du danger qu’elle courait, elle avait la franchise de le reconnaître. Mais cela ne l’empêchait pas de dormir. Elle disait toujours que jamais les dieux créés par Amon ne s’en prendraient à elle pour l’arracher à son destin. Un matin, son père, le roi Djoser, après avoir passé une nuit terrible, s’inquiéta. Il avait fait un cauchemar atroce, il avait vu dans son rêve toute sa cité ravagée, brûlée, et son peuple exilé. Il avait le pressentiment depuis lors qu’un grand malheur se préparait. De plus, les prêtres du royaume présageaient un futur très sombre. Ils avaient tous vu, grâce à leur magie, que la famille royale serait décimée.

Le roi Djoser, voulant sauver les siens, tenta de convaincre sa fille de prendre autant d’or, d’hommes et de femmes qu’elle en désirait pour son service, et de se sauver loin du pays jusqu’à ce qu’elle accouchât. Elle pourrait aller vers la Nubie, fondée par Le Pharaon et la barque solaire . Qui dépendent des dieux.  . Une dynastie bantoue et gouvernée par un de ses oncles, désigné sous le nom de Lion de Kerma. Malheureusement, Sowan avait les nerfs solides et n’était pas prête à fuir son propre destin. Il n’était pas dans sa nature de jeter les armes sans avoir combattu. De toute façon, la fuite en Nubie ne pouvait que la rendre vulnérable. Elle le savait. Elle ne serait en sécurité nulle part. Alors, pourquoi se persuader du contraire ? Elle resterait auprès des siens, elle se défendrait avec l’énergie nécessaire. En tout cas, elle ne laisserait personne l’influencer ni l’impressionner.

Femme courageuse et guerrière, elle affronterait ses ennemis à visage découvert. Elle ne le disait pas, mais elle le pensait fermement. Pour sauver Amon, elle était prête à tout compromis1 honnête, voire à toutes batailles. Autant rester chez soi, lever des barricades, ériger2 des remparts contre les intrigues de ses antagonistes, plutôt que de se retrouver seule, errant sur les routes lointaines de l’exil. Elle avait, comme toute femme, des devoirs sacrés de mère à assumer. Elle voulait y parvenir au mieux des intérêts de son enfant. Elle accomplirait un effort considérable pour suivre les consignes des prêtres d’Amon. L’idée de perdre son bébé l’avait perturbée profondément. Nerveuse, elle avait épuisé tous les moyens diplomatiques pour dissuader ses adversaires, mais en vain. Ceux-ci redoutaient qu’elle ne cherchât en fait à gagner du temps . Ici, ses ennemis. enfant-dieu jusqu’à la naissance. Elle avait même essayé, en pure perte, de troquer la vie de son fils contre la couronne.

Elle avait besoin d’un sursis, mais personne parmi ses ennemis ne consentit à le lui accorder. Elle se sentait, comme toute personne au destin exceptionnel, prise entre les feux de l’idéal et ceux de la contradiction. Son sort d’élue lui semblait désormais difficile à vivre. Ses sentiments maternels provoquaient en elle une grande révolte. Au début de son amour, tout le monde était joyeux. La foule avait acclamé sa liaison divine, elle l’avait portée en triomphe ; à présent, la venue d’un enfant immortel, redouté des dieux, transformait l’espérance en désarroi et le plaisir en une profonde amertume. Un soir, certains notables de la tribu tinrent une réunion secrète dont les proches de la famille royale furent exclus. Mpiya était l’initiateur du complot. 

Général au sein de l’armée royale, il avait le cœur plein d’ambition. May Lusanga, le gouverneur, pensa le manipuler à ses propres fins. Pour le tenir, il réussit à le marier à sa fille aînée. Grâce à cette alliance, le vieil intrigant pouvait mieux contrôler les coulisses de la maison royale, afin d’asseoir son influence. Sa soif de vengeance était aussi solide que sa passion démesurée du pouvoir. Le fait qu’il ait pu être écarté du Conseil royal à cause de ses intrigues lui avait laissé un goût amer, une âme aigrie.  

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