HISTOIRE: MOKTAR OULD DADDAH (Mauritanie)
Moktar Ould
Daddah est un des plus jeunes chefs d’Etat d’Afrique : il est né le
27 décembre 1924 à Boutilimit, ville du sud-ouest de la Mauritanie,
célèbre par sa Medersa dont les lettrés sont réputés dans tout le Maghreb.
C’est à l’école franco-arabe du chef-lieu du Trarza qu’il acquiert ses
premières connaissances avant d’entrer à l’Ecole des fils de chefs et
d’interprètes de Soint-Louis-du-Sénégal (l’ancienne Ecole des otages créée par
Faidherbe).
Fort du prestige ancestral de la
tribu maraboutique à laquelle il appartient, il entre dons l’administration et
est affecté, comme interprète, chez les grands nomades de la région de
Fort-Trinquet. C’est alors que ses supérieurs hiérarchiques, remarquant ses
aptitudes, décident de l’envoyer en France pour suivre ses études. Lycéen à
Nice, étudiant en droit à Paris, élève de l’Ecole nationale des langues
orientales vivantes, il réussit tous ses examens et fait connaissance, sur les
bancs de la faculté de droit, de celle qui sera, quelques années plus tard, son
épouse.
En 1956 il est avocat
stagiaire chez Me Boissier–Palun, aujourd’hui ambassadeur du Sénégal en
Grande-Bretagne, à l’époque importante personnalité politique dakaroise. En
mars 1957 il est élu conseiller territorial de l’Adrar ; en mai de la même année il devient vice-président
du conseil de gouvernement local. Il fait alors décider le transfert de la
capitale mauritanienne en territoire national, mettant fin à la situation
surprenante d’un pays dont l’administration et les pouvoirs publics siègent à
l’extérieur, à Saint-Louis, chef-lieu commun du Sénégal et de la Mauritanie à
l’époque coloniale.
En juin 1958 il
est élu secrétaire général du Parti du regroupement mauritanien (P.R.M.). En
septembre 1958 il se trouve à la tête du gouvernement mauritanien lorsque
celui-ci se prononce pour le « oui » au référendum et approuve la communauté franco –
africaine. Le 28 novembre de la même année il propose la proclamation de
la République islamique.
Le 26 juin 1959
Me Moktar Ould Daddah devient premier ministre, après que des élections
législatives l’eurent, en moi, confirmé dans son mandat de député. Il succède
alors à lui-même, l’Assemblée l’ayant chargé de constituer le nouveau
gouvernement.
En octobre 1960 il dirige la
mission venue négocier à Paris le transfert des compétences communes alors
détenues par la France et signe avec M. Debré les accords qui consacrent
l’indépendance de la Mauritanie. Le 28 novembre, jour anniversaire de
la proclamation de la République, le pays accède à la souveraineté nationale.
Candidat unique d’union
nationale, Me Moktar Ould Daddah est élu, le 20 août 1961, au
suffrage universel, président de la République. L’homme, qui n’avait cessé
d’attirer l’attention de ses collègues d’A.O.F. et d’A.E.F. et celle du
gouvernement français sur le drame algérien et sur l’inopportunité de
poursuivre des expériences nucléaires au Sahara, ne modifie point sa ligne de
conduite.
Simultanément, en dépit de
l’expansionnisme marocain qui menace l’existence même de son pays, le président
mauritanien se fait ardent défenseur de l’unité maghrébine. De même, il
multiplie les avances à la Ligue arabe, malgré les attaques auxquelles celle-ci
se livre contre son gouvernement.
A l’intérieur commence un
difficile combat mené sur deux fronts. D’une port, le président de la
République mauritanienne doit faire face aux pressions des éléments
traditionnels qui rêvent d’ériger une théocratie au sein de laquelle les rênes
du pouvoir appartiendraient à quelques familles guerrières et maraboutiques. A
ces éléments, M. Ould Daddah oppose un réformisme lucide et
courageux.
D’autre part, les
extrémistes de l’ancien parti Nahda, suspect de sympathies pro – marocaines,
considèrent le leader mauritanien comme un « tiède » ; soucieux de
brûler les étapes, ces « jeunes Turcs » entendent rompre totalement avec le passé pour
s’engager sur les voies du socialisme. Malgré ses désirs personnels, celui dont
les amis les plus fidèles ont toujours appartenu aux cercles intellectuels de
gauche de Paris doit alterner persuasion et contrainte.
C’est alors que, devenu
secrétaire général du Parti du peuple (P. P. M.) depuis le
25 décembre 1961, M. Ould Daddah s’attache à renforcer les
structures du parti unique, à étendre l’implantation du P.P.M. à tout le
pays, à accélérer la formation politique de ses concitoyens, à convaincre les
défenseurs d’un système parlementaire de type occidental que celui-ci est
inadapté aux réalités locales.
Relativement isolé, tenant
fermement la barre de l’Etat, M. Ould Daddah accepte tous les
dialogues mais continue de refuser toutes les compromissions, de repousser tout
ce qui est contraire à ses principes d’action politique. C’est cette attitude
qui le conduit, en juillet 1965, à quitter l’Organisation commune
africaine et malgache (O.C.A.M.) dont il était pourtant le président en
exercice : estimant que l’admission du Congo-Léopoldville au sein de
l’O.C.A.M. apportait une caution éclatante à M. Tshombe, dont la
personnalité lui semble contestable, il rompt avec ses amis, tout en leur
conservant sa sympathie. Intransigeant avec lui–même, le magistrat suprême de
la Mauritanie entend conserver une certaine moralité à la politique.
Malgré ces crises, son gouvernement est marqué par plusieurs
mesures assez populaires : il crée une monnaie nationale en 1972, dénonce les
accords de coopération avec la France en 1973 et nationalise la société des
mines de fer en 1974.
En 1976, à la suite des accords de Madrid, Ould Daddah annexe une partie du Sahara occidental. Il s'engage alors dans une guerre ruineuse contre le Front Polisario, qui mènera à son renversement par un coup d'Etat en 1978. Emprisonné puis exilé en France, il ne reviendra à Nouakchott qu'en 2001.
Moktar Ould Daddah meurt à Paris le 14 octobre 2003.
En 1976, à la suite des accords de Madrid, Ould Daddah annexe une partie du Sahara occidental. Il s'engage alors dans une guerre ruineuse contre le Front Polisario, qui mènera à son renversement par un coup d'Etat en 1978. Emprisonné puis exilé en France, il ne reviendra à Nouakchott qu'en 2001.
Moktar Ould Daddah meurt à Paris le 14 octobre 2003.

Commentaires
Enregistrer un commentaire