HISTOIRE: MAURICE YAMEOGO (Premier Président de la Haute-volta)
Pour avoir proclamé l’indépendance de la Haute-volta
le 5 août 1960, d’une voix forte et posée, le président Maurice Yaméogo demeure
à jamais le père de la Nation qu’il a dirigée entre 1959 et 1966. Six ans après
l’accession à la souveraineté nationale et internationale, un mouvement
politique mené contre sa politique d’austérité, l’oblige le 6 janvier 1966 à
rendre le tablier. Avant de parvenir au plus sommet de l’Etat, Maurice Yaméogo
a dû emprunter le chemin plein d’embûches de la politique.
Né le 31 décembre 1921 à Koudougou, actuel chef-lieu
de la région du Centre-Ouest dans une famille de paysans mossi sous le prénom
de « Nawalagmba » (« Il viendra les rassembler » en mooré).
Qualifiant sa famille de « païenne et complètement abandonnée à toute une
foule de superstitions », l’animisme ne lui convient pas et il opte pour
le christianisme dès son enfance et devient Maurice. Malgré toutes les foudres
de ses parents, rien ne l’arrête.
Il va suivre des cours de catéchisme pour être baptisé
par le révérend-père Van Der Shaegue. Il perd sa mère trois mois après ce
sacrement. Mais cette tragédie ne freine pas la vocation sacerdotale de celui
qui s’appelle désormais Maurice Yaméogo. Il fréquente pendant quelques années
l’école primaire de son village et intègre ensuite, dans les années 1930, le
prestigieux établissement, Petit séminaire de Pabré, qui forme des prêtres du
pays et fournit des cadres à l’administration publique et privée. Maurice
Yaméogo y rencontre des élèves qui feront, des années plus tard, l’histoire
sociopolitique du Burkina comme lui notamment Joseph Ki-Zerbo et Joseph
Ouédraogo plus connu sous « Jo Weder ».
Cependant, ses fréquentations l’éloignent des
principes ecclésiastiques et ont pour conséquence son départ en 1939 du Petit
séminaire de Pabré. Il y sort sans diplôme. Tout de même bien instruit, le
premier la Fonction publique coloniale en tant que commis expéditionnaire. Une
promotion qui symbolisait à l’époque, réussite, prestige et sécurité, d’où
l’appellation d’« évolué » attribuée à toute personne occupant un tel
poste.
L’héritier spirituel de Philippe Zinda Kaboré
Bien qu’épanouit dans son milieu, Maurice Yaméogo
n’exercera que quelques mois en Haute-Volta. Il se retrouve en Côte d’Ivoire où
il a été affecté en 1940. De retour dans sa ville natale après un bon moment
passé au bord de la lagune Ebrié, il est élu le 15 décembre 1946, conseiller
général de Koudougou à la première Assemblée territoriale de Côte d’Ivoire.
Créée auparavant en 1919, la colonie de la Haute-Volta a été disloquée, au
grand dam de ses habitants, en 1932 entre la Côte d’Ivoire, le Soudan français
et le Niger. Pour reconstituer leur territoire, ceux-ci vont élire à cet effet,
le député Philippe Zinda Kaboré en novembre 1946, au Palais Bourbon (Assemblée
nationale française).
Pendant ce temps, Maurice Yaméogo rêve d’une grande
carrière politique. A la recherche d’une certaine ascension politique, il
intègre alors l’entourage du parlementaire. Malheureusement, ce dernier décède
brutalement le 24 mai 1947. Se considérant alors comme son héritier spirituel,
Maurice Yaméogo se réclame le porte flambeau de son combat. En septembre 1947,
la Haute-Volta est reconstituée dans ses frontières de 1932. Une Assemblée
territoriale est créée une année plus tard au sein de laquelle Maurice Yaméogo
va siéger sous la bannière du Parti démocratie voltaïque (PDV), section locale
du Rassemblement démocratique africain (RDA), parti de Feu Philippe Zinda
Kaboré qui bénéficie de la majorité des 50 sièges hérités du partage
territorial.
L’avenir ne s’annonce pourtant pas radieux pour le
PDV-RDA qui va très vite accumuler les échecs électoraux, face à l’Union
voltaïque (UV), dirigée par Henri Guissou. Maurice Yaméogo qui semble ne pas
aimer les équipes perdantes, tourne casaque pour se retrouver du côté de l’UV,
niant au passage n’avoir « jamais » appartenu au RDA., malgré
l’opposition de sa formation politique, il réussit à se faire élire Grand
conseiller de l’Afrique occidentale française (AOF) pour la Haute-Volta à
Dakar, le 28 juillet 1948.
Il n’a que 26 ans. Cette consécration est en réalité
l’œuvre du Père Goarnisson, un européen sollicité par le collège des
autochtones pour le poste de grand conseiller, qui a désisté à son profit.
Maurice Yaméogo a donc le vent en poupe et reste grand conseiller de l’AOF
jusqu’en 1952. Séjournant à Dakar, il tente discrètement de se rapprocher à
nouveau du RDA. Des échecs électoraux à la présidence de la république Aux
élections législatives de 1951, le PDV-RDA présente une liste unique avec le
Docteur Ali Barraud.
Ce qui n’est pas le cas de l’UV, parti en proie à des
crises internes. Ces dissensions amènent Bougouraoua Ouédraogo et Maurice
Yaméogo, tous deux Grands conseillers de l’AOF issus de l’UV, à déposer une
liste indépendante qui se solde par un échec « cuisant ». Ce qui le
contraint à redevenir, à partir de 1952, simple commis expéditionnaire aux
ordres du gouverneur Albert Mouragues, un ennemi juré du RDA qui soupçonne ce
parti de sympathie avec le communisme. Il se voit muter à Djibo, dans la région
du Sahel. Commence donc la traversée du désert ! Des mois plus tard, il
retrouve Ouagadougou en tant que billeteur du service de santé.
Il saisit cette opportunité pour relancer sa carrière
politique, en réintégrant l’UV grâce au parrainage de son camarade de promotion
de Pabré, Joseph Conombo, devenu depuis lors président du Conseil général. Au
cours de l’année 1954, l’UV s’éclate en deux tendances : d’un côté, le
député Nazi Boni et de l’autre, les barons de la formation qui mettent fin à
son existence pour créer le Parti social d’éducation des masses africaines
(PSEMA), sous la direction de Joseph Conombo. Maurice Yaméogo fait bande à part
et conduit, sans succès, une liste aux législatives de janvier 1956. Déterminé
plus que jamais à dominer le jeu politique, il s’en sort brillamment aux
élections territoriales de 1957 à Koudougou sous la bannière d’une liste du
Mouvement démocratique voltaïque (MDV), parti de Gérard Kango Ouédraogo et du
Français Michel Dorange qu’il a rejoint la même année.
Aux côtés de son cousin Denis Yaméogo, il remporte
avec brio les six sièges de la circonscription, face au Parti démocratique
unifié (PDU) dirigé par Daniel Ouezzin Coulibaly, né de la fusion du PSEMA et
du PVD-RDA. Conformément à l’entrée en vigueur de la Loi-cadre Defferre de
1956, ces élections visaient la mise en place d’un gouvernement de coalition.
Ce qui fut fait avec sept ministres pour le PDU, parti ayant remporté la
majorité absolue aux élections et cinq pour le MDV.
Daniel Ouezzin Coulibaly est tout naturellement le
Premier ministre, tandis que le portefeuille de l’Agriculture échoit à Maurice
Yaméogo. L’ancien pensionnaire du Petit séminaire de Pabré rentre ainsi dans la
cour des grands. L’ascension dont il rêvait va se poursuivre, suite à une crise
politique au sein du PDU qui voit le départ de Joseph Conombo. Ce parti sera
renommé pour la circonstance Union démocratique voltaïque (UVD) affiliée au RDA
perdant du coup sa majorité absolue. Mais en fin stratège, le leader de
l’UVD/RDA, Daniel Ouezzin Coulibaly, va débaucher Maurice Yaméogo et d’autres
députés du MDV pour se refaire une majorité.
Il dissout, le 22 janvier 1958, le premier
gouvernement et reforme un autre qu’il dirigera avec comme N°2, Maurice
Yaméogo. Après le décès de Daniel Ouezzin Coulibaly, le 4 septembre 1958, l’
« enfant terrible » de Koudougou assure l’intérim du gouvernement. Il
est par la suite confirmé à son poste par l’Assemblé territoriale qui, après la
proclamation de la République de Haute-Volta le 11 décembre 1958, devient
législative et constituante. Comme promis à un destin national, Maurice Yaméogo
est élu premier président de la République par l’Assemblée nationale le 11
décembre 1959. Politicien dans l’âme, il a vécu jusqu’à la date fatidique du 15
septembre 1993, jour de sa mort des suites d’une maladie.

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