CONTE: VOYAGE AU PAYS DU MIL (leuk-le-lièvre) (Senghor; Sadji)


 Pour se rendre au pays du mil, Leuk et Bouki décident d’attacher leur tante au bout d’une corde.
«Il faut choisir une corde solide, dit Leuk. Nos tantes sont vieilles, mais, quand elles sauront où nous voulons les amener, elles auront assez de force pour essayer de rompre leurs liens.»
Bouki attache sa tante au bout d’une corde incassable, faite d’écorces de baobab tressées. Leuk choisit une corde en fil de coton non cardé. Et les voilà partis. Chemin faisant, ils lient connaissance avec de nombreux voyageurs qui reviennent du pays du mil.
«Ou allez-vous, bonnes gens ? disent ces derniers.
- Au pays  de l’abondance, répondent Leuk et son compagnon.
- Et qu’allez-vous y porter ?
- Nous avons nos tantes à vendre.
- La paix soit donc avec vous, bonnes gens.
Allez votre chemin. Le pays de l’abondance n’est plus très loin d’ici. Nous en revenons.
- Et qu’y trouverons-nous ?
- Tout et tout, bonnes gens : du mil, des haricots, du bétail, de la volaille».
Lorsqu’ils sont arrivés à l’endroit de la route ou la brousse est épaisse, Leuk dit à son compagnon:
«Attachons nos tantes ici et faisons une petite promenade. Quelque chose me dit que nous allons trouver une place où demain nous pourrons installer un nouveau village pour y vivre tranquillement avec notre famille, loin des parasites.»
Ils abandonnent leurs tantes attachées à des troncs d’arbres, ils s’éloignent un moment de la route, puis ils reviennent.
«Où est ma tante ? interroge Leuk.
- Elle a cassé sa corde et puis elle s’est sauvée, dit la tante de Bouki. J’ai voulu en faire autant, mais je n’ai pas réussi à casser la mienne.
- Je vais à la recherche de ma tante, fait alors Leuk.
- Inutile, mon ami, dit son compagnon. Ma tante suffit. En la vendant, nous aurons assez de mil et de bétail. Et nous vendrons la tienne au cours d’un prochain voyage.
- Tu est généreux, Oncle Bouki, et tu vois bien clair. En effet, si je vais à la recherche de ma tante, je mettrai trop de temps pour la retrouver et notre voyage sera manqué.»
Leuk et Bouki, après un temps de repos, continuent leur marche et arrivent sans beaucoup de peine au pays de l’abondance, le pays où le mil et le bétail ne manquent jamais.
Arrivés au pays de l’abondance, les deux compères, Leuk et Bouki, trouvent un grand marché, une vraie foire.
Les gens vont et viennent, affairés. Les marchands parlent fort, gesticulent, présentent leur marchandise. Les clients regardent, écoutent, proposent des prix.
«Combien me donnes-tu de ce panier de haricots ?
- Une paire de canards ou un petit agneau.
- Je n’en veux pas, tu peux continuer ton chemin.
- Qu’as-tu dans ta corbeille ?
- Des oeufs de poule.
- Pour combien ?
- Pour un nombre égal de calebasses de mil.
- C’est trop cher, je te donne une calebasse de mil pour deux oeufs.
 - Je ne peux accepter.»
Leuk décide de vendre lui-même la tante de Bouki. Parce qu’il parle bien, tout le monde accourt. La tante de Bouki est bien vieille, bien laide. Mais  la fin, le marché est conclu entre Leuk et un marchand très riche de la place. Celui-ci donne en échange un âne chargé de deux énormes sacs de mil, plus un boeuf aussi gros et gras qu’Yeuk-le taureau.
«Tu es vraiment un as», dit Bouki à son compagnon.
Nos deux voyageurs prennent alors le chemin du retour. Leuk conduit l’âne, et Bouki le boeuf. Bientôt ils sont fatigués. Bouki dit :
«Leuk, mon ami, veux-tu me permettre de te laisser seul un moment ? J’ai besoin d’aller quelque part.
- Volontiers, Oncle Bouki», répond l’animal rusé.
Bouki s’en va et disparaît. Alors Leuk coupe la queue de l’âne et donne un coup de bâton à celui-ci. Lâne se met à courir. Non loin de là, se trouvait la tante de Leuk. Elle attrape l’âne et court avec lui dans un autre chemin. Quand Bouki revient, il trouve Leuk pleurant à chaudes larmes.
«Hi ! Hi ! Hi ! fait ce dernier. L’âne avec sa charge vient de disparaître dans cette termitière.»
Bouki regarde et ne voit que la queue de lâne profondément enfoncée dans la termitière.
«Essayons de tirer dessus pour le sortir», dit-il.
Une, deux, trois : ensemble ils tirent, et la queue de l’âne leur reste entre les mains.
«Tant pis, dit Bouki. Nous avons encore le boeuf.
- Tu as raison, Oncle Bouki. Partons vite. Nous verrons plus loin ce que nous devons faire de ce boeuf.
- J’en aurai la plus grande part, dit Bouki
- Certainement, dit Leuk, puisque c’est la moitié du prix que ta tante à été vendue.»
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