CONTE: UN FAUX MOR MAKH (leuk-le-lièvre) (Senghor; Sadji)


A quelque temps de là, un visiteur se présente chez Bouki. Appelant un fils de ce dernier, il lui dit:
«Petit, va dire à ton père que Mor Makh-le-termite le salue.»
Le petit fait la commission à son père.
Celui-ci s’écrie:
«Ce n’est pas possible! Mor Makh qui m’a sauvé la vie! Allons vite le recevoir et montrons-lui que, chez Bouki, on sait être reconnaissant.»
Il vient trouver le visiteur arrêté sur le seuil de la grande porte d’entrée.
«Sois le bien venu, mon cher Mor Makh, mon bienfaiteur. Que je suis heureux de te recevoir!»
Mor entre en boitillant. Bouki est un peu étonné de la taille et de la grosseur de Mor Makh, qui était si petie il n’y a pas longtemps.
«Mais tu as formidablement grand, mon cher ami, lui dit-il.
- Oh! tu sais, répond l’autre, ne crois pas que tout ce qui est sur moi soit ma chair. Je suis enduit de la terre dans laquelle je travaille constamment.»
Bouki présente Mor Makh à toute sa famille et chacun remercie le digne visiteur. Le soir, après le dîner qui est copieux, Mor Makh demande de se retirer. Il se dit fatigué par on long voyage. Bouki le conduit lui-même à la case qui lui est réservée. Après lui avoir souhaité une bonne nuit, il ferme la porte à double tour par peur des brigands.
«Pourquoi m’enferme-t-il ainsi ?» se demande le visiteur un peu inquiet.
Dans la nuit, une forte pluie tombe sur le pays. Le toit de la case où se trouve Mor Makh est en très mauvais état. La pluie le traverse aisément et le pauvre visiteur ne sait où se cacher pour ne pas être mouillé.
Le lendemain matin, Bouki dit à l’un de ses fils:
«Va voir ce qu’est devenu notre hôte. Tu regarderas par les trous de la case, et, si tu qu’il est réveillé, reviens me le dire pour que j’aille lui ouvrir.»
Le petit revient bientôt:
«Père, dit-il, au lieu de Mor Makh, c’est Mor Oreillard que j’ai vu assis dans la case.
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- Je te dis que Mor Makh a disparu. Celui que j’ai trouvé dans la cas a le corps couvert de poils et des oreilles très longues.
- Ah! Ah! Ah! fait Bouki. Je comprends pourquoi. Allons voir nous-mêmes cette transformation».
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