CONTE : LEUK ET LES PETITS FORGERONS L.S.Senghor, Birago Diop)


Un forgeron qui n’avait pas besoin de ses enfants pour
pousser les soufflets ou tenir sur l’enclume15 les barres
rougies au feu, les envoyait chaque matin, garder un vaste
champ de haricots. Les enfants faisaient bien leur travail,
mais quand le soleil était haut dans le ciel, un animal se
présentait à eux et chantait :
Enfants de forgeron,
Votre père a dit, votre mère a dit
De m’attacher à l’endroit du champ
Où les haricots sont le plus serrés.
Cet animal, c’était Leuk-le-lièvre. Les petits forgerons,
sans réfléchir, le conduisaient à l’endroit le plus fourni du
champ et l’y attachaient. Et quand le soleil tapait dur, et
que Leuk avait la gorge serrée par la soif, il s’adressait de
nouveau aux petits forgerons en chantant :
Enfants de forgeron,
Votre père a dit, votre mère a dit
De m’apporter de l’eau
Pour me désaltérer.
Les petits forgerons lui portaient à boire et jusqu’au
soir, il continuait de se régaler de gros haricots verts et
succulents.
Enfin, à la tombée du jour, Leuk s’adressait pour une
15 Bloc de métal sur lequel on frappe et forge les métaux.

troisième fois aux petits forgerons :
Enfants de forgeron,
Votre père a dit, votre mère a dit
De me détacher
Et de me laisser partir.
Et les petits forgerons le détachaient, le libéraient sans
arrière pensée.
Chaque jour il en était ainsi. Mais, un soir, au cours de
la veillée qui réunit la famille après dîner, l’aîné des
enfants rapporte la chose à son père.
« C’est bien, dit simplement le père des petits forgerons
sans se fâcher. Demain, quand viendra cet animal, vous
l’attacherez comme d’habitude. A midi, vous lui donnerez
à boire. Mais le soir, lorsqu’il vous dira de le laisser partir,
vous n’en ferez rien. Vous attendrez que je sois là. »
Le lendemain, Leuk arrive comme de coutume et se fait
traiter comme par le passé. A la tombée de la nuit, il
demande qu’on le détache.
« Non ! Non ! Non ! Attend l’arrivée de notre père. »
Comme ils disaient ces mots, au loin apparaît le forgeron
armé d’une barre de fer ruisselante de feu. Leuk comprend
qu’il va être brûlé tout vif.
« Mame-Randatou, lumière des lumières, viens vite à
mon secours », appelle-t-il en tremblant de peur. A
l’instant, la silhouette de Bouki-l’hyène se dessine non loin
de là.
« Bouki ! Bouki ! crie Leuk. De la viande rose et
ruisselante de graisse, en veux-tu ?
– Qu’y-a-t-il, méchant animal, traître, ingrat, répond
Bouki ?
– Vois un peu ce qu’on m’apporte là bas, tout là bas.
– Oui, certes, j’aimerais bien me trouver à ta place,
veinard.

– Et bien, faisons vite et viens occuper ma place. Ne
perdons pas une minute. »
En un clin d’œil, Bouki détache Leuk qui l’attache
solidement au même piquet. Le forgeron arrive en
brandissant la barre de fer enflammée. Il la passe à
plusieurs reprises sur le derrière de la pauvre bête qui
hurle de douleur, qui crie son innocence.
Par maladresse, le forgeron touche la corde qui lie
Bouki. Elle se rompt et il s’enfuit, rapide comme une
flèche, à la recherche d’une mare où plonger ses brûlures.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

HISTOIRE: Abdoulaye Traoré, Ben Badi (Côte d’Ivoire)

BLAGUE: LE MAITRE COURAGEUX