CONTE: LE CHÂTIMENT DE BOUKI-L’HYENE (Senghor, Birago)
Quand Leuk se
présente chez Bouki-l’hyène, celui-ci le
regarde
de travers en grognant sourdement. Il flaire
quelque
chose de louche.
« Que
me veux-tu ? », dit-il en nasillant.
– Une
terrible épidémie vient de dévaster Doumbélane,
répond Leuk de
sa voix la plus triste. Tous les animaux
sont
morts. Toi et moi sommes les seuls survivants. Je te
félicite
d’avoir quitté le pays à temps. Moi-même, j’étais
en
voyage, voilà pourquoi j’ai été épargné. Il faut voir ce
grand
nombre de corps étendus à travers la forêt de
Doumbélane. Une question m’est
venue à l’esprit.
Hériterais-je
tout seul de toute cette viande ? Mais une
voix
m’a dit : « Non, Oncle Bouki est l’ainé ».
– Tu as
raison, tu es né entre mes mains.
– Qu’on
prépare et qu’on prenne tout ce qui peut
contenir
de la viande. Tous les animaux sont morts et je
suis
seul héritier.
– Nous
devons faire vite, avant que les cadavres ne
pourrissent.
Ne parle pas de malheur.
– Qu’on
se dépêche pour partir. »
Quelle
joie chez Bouki ce jour là. En longue file, toute la
famille
de Bouki,
chargée de récipients prend le chemin de
Doumbélane. Pour égayer la
compagnie, Leuk propose de
chanter
une chanson que toute la famille reprendra après
lui en
chœur.
« Parfait,
c’est une excellente idée, dit Bouki. »
Tous les animaux étant morts,
Je me suis demandé :
Hériterais-je ou n’hériterais-je pas ?
Et une petite voix m’a dit :
Oncle Bouki est l’ainé.
A leur
arrivée devant Doumbélane, un silence lourd
pèse
sur l’ancienne République des animaux. Ces derniers
font
les morts, étendus au soleil, la gueule béante14.
«
Qu’êtes-vous à présent, vous tous qui me faisiez la
guerre
? dit Bouki. Qu’as-tu fait de ton orgueil, toi Gaïndé-
le-lion ? Et toi, Sègue-le-léopard ? Et toi, Téné-la-
panthère ? Qu’avez-vous fait de
votre fierté ? » Il passe
pour
les inspecter tous de très près. Il ouvre un œil par-ci,
secoue
une oreille par-là. Lorsqu’il arrive devant le corps
de Gaïndé-le-lion,
il se baisse, soulève une des paupières
de
celui-ci. Voyant que l’œil du roi des animaux est encore
sanglant,
il comprend et veut se sauver, mais il n’en a pas
le
temps. A l’instant, le Lion le saisit et l’immobilise. En
même
temps, tous les animaux réveillés brusquement, se
relèvent
et viennent entourer Bouki. Le naïf et méchant
animal
est honteux et tremblant. Chacun veut le mettre à
mort.
Des cris s’élèvent de partout et l’étourdissent.
« Que
faut-il faire, maintenant, pour retrouver nos
fils ?
demande-t-on à Leuk-le-lièvre.
– Que Mame-Gnèye ouvre de haut en bas le tronc sec
d’un
arbre et qu’on y enferme Bouki, répond Leuk. »
14 Grande ouverte.
Ainsi
dit, ainsi fait. Bouki, coincé dans le tronc d’un
arbre
au bois sec et dur, râle et rend l’un après l’autre
tous
les petits animaux qu’il a mangés.
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