CONTE: LA SAGESSE DE SERIGNE N’DIAMALA (Leuk-le-lièvre)(Senghor,Diop)
Leuk cherche, pendant
longtemps Serigne N’Diamala,
mais ne
la trouve nulle part dans la brousse
environnante.
A la fin, on lui apprend que Serigne
N’Diamala vit maintenant au nord de
la contrée, au pays
du
dattier17. Et il part vers le Nord pour rejoindre le sage
animal.
Ce dernier est très étonné de voir un beau matin
Leuk-le-lièvre avec ses belles oreilles
mobiles et son petit
air
éveillé.
« Que
je suis heureuse de vous revoir, depuis notre
séparation
à Doumbélane,
dit la girafe. Aujourd’hui,
j’aimerais
vous rendre un service, car je n’oublie pas que
grâce à
vous, nos petits, dévorés par Bouki, nous ont été
rendus.
Qu’est-ce qui a pu, mon ami, vous amener dans ce
pays
lointain et aride ?
17 Palmier dont les fruits sont des dattes.
– Je
viens vous trouver pour m’instruire à votre école,
répond Leuk. Ma vie
n’a pas toujours été exemplaire. J’ai
beaucoup
de choses à me reprocher et je veux devenir
meilleur.
–
Alors, vous avez pensé à moi pour vous rendre
meilleur
?
– Oui, Serigne N’Diamala, tout le monde dit que vous
êtes un
sage.
– Hum !
On exagère peut-être un peu. Sans doute, je
comprends
la vie à ma façon. Pour moi, il faut avant tout
la
solitude. Pas de paix sans solitude et pas de bonheur
sans
paix. Si j’ai quitté la forêt pour venir m’établir dans
cette
contrée tranquille, c’est pour vivre seule, loin des
jaloux
et des méchants. Ici, je n’ai affaire à personne. Je
m’éloigne
de tout le monde. Même devant un ennemi plus
petit
que moi, je préfère fuir. Le matin, je fais les courses
nécessaires
pour me nourrir et me désaltérer. Et, le soir
venu,
j’apprends dans le grand livre de la nature, qui est
ouvert
à nous tous.
– La
chasse est-elle facile en ce pays ?
– Je ne
chasse pas pour me nourrir. Les végétaux sont
ma
seule nourriture. Je ne fais de mal à personne en
coupant
les herbes et les feuilles naissantes qui couvrent
les
arbres. Je crois que si les animaux ne vivent pas en
paix,
c’est parce qu’ils mangent la chair de leurs
semblables.
Ils se font une guerre incessante pour tuer et
vivre.
Rappelez-vous l’exemple de Bouki-l’hyène. Si
chaque
animal se contentait de l’herbe et des feuilles
tendres
qu’on trouve partout, il n’y aurait ni guerre, ni
malheur.
– Vous
avez parfaitement raison, dit Leuk, qui admire
la
sagesse de son nouveau maître. Oncle Gaïndé-le-lion,
Téné-la-panthère et Sègue-le-léopard, animaux carnas-
siers
sont des bêtes sanguinaires et méchantes. Tandis
que
vous, Serigne N’Diamala, vous avez le caractère doux
et
pacifique, comme les animaux domestiques qui se
nourrissent
d’herbe : bœufs, vaches, moutons, chèvres. »
Serigne N’Diamala fait savoir à Leuk que
pour devenir
un
parfait herbivore, il lui faudra se débarrasser de
certaines
de ses dents : les canines qui sont faites pour
déchirer
la viande. Leuk accepte l’opération.
Et
c’est, depuis ce temps, que Leuk n’a plus de canines.
Il ne
lui reste que des incisives tranchantes pour couper
l’herbe
et ronger les écorces, et des molaires pour broyer.
Commentaires
Enregistrer un commentaire