CONTE : LA FIN DU SÉJOUR A DOUMBELANE (Leuk-le-lièvre)(Senghor,Diop)


Leurs petits retrouvés, les animaux manquent de
confiance les uns dans les autres. Ils connaissent
maintenant la haine et la méfiance.
Chacun se dit :
« Les tours que Bouki vient de nous jouer, notre animal
peut les recommencer. Mieux vaut fuir ce pays et
s’installer ailleurs. »
Les animaux se séparent donc et la République de
Doumbélane, si unie et si paisible, se trouve dispersée.
Désormais les plus forts poursuivent les plus faibles, les
tuent sans pitié et les dévorent. Les plus faibles creusent
des terriers, se cachent dans les épais fourrés ou
s’installent dans le haut des arbres. Ils paraissent avec le
soleil et tremblent de peur dès que la nuit envahit la
savane et la forêt.
Les uns comptent désormais sur la puissance de leurs
dents et de leurs griffes, sur la force et la souplesse de
leur corps et de leurs membres, ce sont les grands fauves,
maîtres de la brousse.
Les autres comptent sur la finesse de leur ouïe et de
leur odorat, et sur le jeu rapide de leurs muscles, ce sont
les petits animaux sans défense. Pour échapper au
danger, ils ont appris à voir loin, à entendre les bruits les
plus faibles, à sentir les odeurs qui signalent la présence
de leurs ennemis, enfin, à échapper à ces derniers.
D’autres, comme Leuk-le-lièvre, ne compte que sur leur
intelligence pour vivre, échapper aux grands et tromper
les petits. Après le séjour à Doumbélane, Bouki et Leuk se

feront une guerre à mort. Bouki cherchera toujours le
moyen de se venger de celui qui l’a livré aux animaux.
C’est ainsi que la belle histoire de Leuk-le-lièvre va se
continuer par les ruses de ce dernier, et aussi par les
maladresses et les sottises de Bouki.

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