CONTE: LA CONVERSION DE LEUK-LE-LIÈVRE (Senghor; Birago Diop)
Maintenant, Leuk se
demande comment il va employer
son
temps. Va-t-il continuer à faire le mal ou cherchera-t-
il à
faire le bien ? Il prend toute une journée pour réfléchir
sur sa
vie passée.
Leuk sait que pour bien se
conduire, il faut avoir de
bons
compagnons, honnêtes et serviables, qui sont des
modèles
parce qu’ils ont beaucoup de qualités. Or, la
plupart
des animaux n’ont que des défauts. Ils mangent la
chair
et boivent le sang de leurs semblables. Les uns
fuient
devant les autres. Chacun vit pour soi et aucun ne
cherche
à instruire, ni à aider les autres.
Pourtant
le nom d’un animal vient tout d’un coup à
l’esprit
de Leuk. C’est
celui de Serigne N’Diamala-la-
girafe. Tout le monde reconnaît
qu’elle est le plus simple,
le plus
pacifique et le plus inoffensif de tous les animaux.
Leuk veut donc lier amitié
avec Serigne N’Diamala-la-
girafe, devenir son élève s’il
le faut, afin de profiter de sa
bonté
et de sa sagesse. Avec Serigne N’Diamala, il est sûr
de
pouvoir changer de vie et de conduite.
Donc un
matin, prenant sa besace16 qu’il n’oublie
jamais
dans ses voyages, Leuk part pour le pays de l’eau
fraîche
et des feuilles tendres, qui est le séjour habituel de
Serigne N’Diamala-la-girafe.
Très
haute sur pattes, le cou démesurément long,
Serigne N’Diamala-la-girafe vit en
solitaire. Ce qu’il lui
faut,
c’est la belle savane infinie, semée d’îlots de verdure
et
d’oasis tranquilles. Ses longues pattes lui permettent de
faire
de grandes enjambées, qui la font aller et revenir,
sans
fatigue, des lieux où elle se repose aux endroits où
elle
prend sa nourriture et sa boisson.
Levée
avec les premiers rayons du jour, elle allonge son
cou
dans le brouillard et boit la fraîcheur du matin. Puis,
16 Sac à deux poches que l’on porte sur l’épaule.
lentement,
elle fait sa promenade quotidienne à travers
les
bosquets, dont les arbres ont de jeunes feuilles tendres
et
appétissantes. Du bout de ses lèvres très mobiles, elle
cueille
ces feuilles délicieuses. Elle respire le parfum des
fleurs
nouvellement écloses.
L’après-midi,
quand l’air est devenu doux et que
l’ombre
des arbres a redonné aux sources leur fraîcheur,
elle se
dirige vers les cuvettes d’eau limpide et tranquille.
Là, le
cou tendu et les pattes écartées, elle apaise sa
longue
soif de la journée. Personne ne la dérange, excepté
les
bêtes féroces, qui peuvent arriver par surprise, ou les
hommes
qui chassent avec des flèches et des fusils.
Le
soir, N’Diamala rêve au clair de lune. Silencieuse,
elle
regarde le ciel et contemple les étoiles. Et lorsque,
autour
d’elle, le dernier bruit s’est éteint, elle ferme
doucement
les yeux et part pour le pays des songes.
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