CONTE: LEUK, L’ELEPHANT ET LA BALEINE (L.S.Senghor, Birago Diop)
Leuk va d’abord trouver l’Eléphant.
«
Bonjour, Mame-Gnèye », dit-il respectueusement en se
prosternant
à terre.
« Je
suis venu à vous parce que vous êtes le plus
généreux
des animaux. Le Bon Dieu vient de me donner
un
trésor, mais ce trésor se trouve loin d’ici, je suis
incapable
de le déplacer. Il se trouve au bout d’une corde
dont
voici le bout. Tirez, tirez toujours et vous le verrez à
la fin.
Je vous en fais cadeau. En retour, je ne vous
demanderai
qu’un tout petit peu de lait pour l’offrir à
celui
qui m’a donné ce trésor. »
Et Leuk, après
avoir pris à Mame-Gnèye du lait qu’il
enferme
dans sa gourde s’enfuit sans tarder. Il va ensuite
trouver
la N’Gâga-la-baleine qui ce jour là est venue
respirer
sur le rivage de l’océan.
«
Bonjour et respect, N’Gâga, reine de toutes les mers.
–
Bonjour et amitié, habitant de la terre, répond la
Baleine.
– Je
suis venu vous apporter le cadeau que les animaux
de mon
pays réunis ont choisi pour vous. Son poids
surpasse
mes forces. Il se trouve attaché au bout de la
corde
que voici. Vous n’aurez qu’à tirer, tirer toujours, il
viendra
à la fin. »
N’Gâga-la-baleine pousse un grand soupir et
sa
respiration
fait monter deux jets d’eau formidables.
«
Envoyé de la brousse, tu diras un grand merci de ma
part
aux gens de ton pays, dit la Baleine.
– Je
transmettrai votre merci, mais les gens de mon
pays
m’ont dit : tu nous apporteras un peu de lait
de
N’Gâga-la-baleine pour nous prouver que tu lui as
remis le
cadeau. Pouvez-vous me donner un
tout petit peu de votre
lait ?
– Bien
volontiers, brave habitant de la terre. »
Aussitôt
la Baleine fait
sortir, d’une de ses mamelles,
du lait
pour remplir une outre6. Elle remet l’outre à Leuk,
qui
s’éloigne en faisant des révérences.
La rencontre de l’Eléphant et de
la Baleine
Gnèye-l’éléphant tirait fort sur la corde
en disant :
« Quel
gros cadeau ! »
N’Gâga-la-baleine faisait craquer la corde
en s’écriant :
« Quel
présent magnifique ! »
Chacun
avait l’impression que le bout invisible de la
corde
qu’il tenait était noué à quelque chose d’immobile.
Après
plusieurs mois d’effort et de fatigue, Gnèye-
l’éléphant et N’Gâga-la-baleine décident chacun de son
côté
d’aller à la recherche du cadeau promis. L’Eléphant
quitte
la forêt de ses ancêtres et la Baleine, les bords
humides
de son océan. Ils marchent l’un vers l’autre sans
se
deviner. La corde tendue leur sert de guide et trace
leurs
chemins.
Un beau
matin, ils se rencontrent nez à nez, aussi gros
l’un
que l’autre. Furieux, l’Eléphant dit à la Baleine :
«
Comment oses-tu retenir cette corde au bout de
laquelle
se trouve un trésor qui m’a été offert ? »
Noire
de colère, la Baleine répond :
«
Quelle audace as-tu de te mettre entre moi et mon
cadeau
? »
Ils se
regardent un moment. Vont-ils tomber l’un sur
l’autre
? L’Eléphant dit sagement à la Baleine :
« Ne
nous emportons pas si vite, ma sœur, expliquons-
nous en
paix et l’affaire sera éclaircie. Pour moi, c’est bien
6 Sac étanche en peau cousue dans lequel on conserve des
liquides.
simple, Leuk-le-lièvre m’a promis un grand trésor que
j’allais
chercher après avoir essayé en vain de l’attirer à
moi.
– Moi
aussi, répond la Baleine. »
L’Eléphant et la Baleine comprennent
que Leuk les a
trompés
tous les deux. Ils font la paix sur le champ.
« C’est
bien facile de se venger, dit l’Eléphant.
Empêchons Leuk de
manger sur mes terres et de boire
dans
tes eaux. »
Mais Leuk, ayant
appris cette décision, cherche une
dépouille7 de chèvre, dont il se couvre. Il pourra ainsi
prendre
sa nourriture sans être reconnu.
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